La « qualité » d’un texte se mesure-t-elle à son audience ?

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Venant de tomber un peu par hasard sur cet article (et plus précisément sur ses commentaires) intitulé « Palmares des auteurs francophones les plus lus en 2012 », l’idée m’est venue d’écrire cet article. Comme dans de nombreux domaines et classements nationaux / internationaux en tous genres, la qualité se mesure très souvent à l’audience rencontrée. Pourtant, qualité rime-t-elle réellement avec audience ?

Mon point de vue sur cette question est claire et ne souffre d’aucune hésitation. La réponse est clairement « non ». Bien sûr, cet avis n’engage que moi. Néanmoins, penchons-nous un peu plus en détails sur ces termes que sont « qualité » et « audience » dans le monde de l’édition (ce qui est également valable pour bon nombre d’autres secteurs).

Juger de la qualité d’un ouvrage relève d’une appréciation particulière et surtout personnelle. Ainsi, la qualité d’un livre sera différente selon la personne interrogée. Un titre pourra sans aucun problème être jugé comme étant « parfait » par un lecteur, tandis que son voisin le considérera plutôt comme tout juste bon à caler le meuble des toilettes quelque peu bancal.
Et pourtant, tous les deux seront persuadé d’avoir raison. D’ailleurs, personne en ce bas monde ne pourra contredire l’un ou l’autre avec certitude et chercher à faire de son point de vue LA REGLE universelle et incontournable. La qualité d’un roman, d’une nouvelle, d’une poésie… est certainement la chose la plus subjective existant. Même le plus grand des critiques littéraire ne pourra au mieux qu’avancer sa vision des choses. Certes sa renommée fera de sa parole une référence, mais jamais il ne pourra invoquer une quelconque réalité. A moins de considérer toute personne dont l’avis diverge comme étant un(e) menteur(euse). Ce qui serait particulièrement idiot.

Inversement, l’audience d’un texte peu être mesurée sans le moindre soucis. Quelques outils adéquats et le tour est joué. Encore mieux. Elle peut aussi être « manipulée ». Non pas dans le sens « trucage », mais plus dans le genre « influencée ». C’est une technique très simple et connue depuis de très longues années qui permet d’y parvenir. Cela s’appelle, le marketing !
Oui, l’audience d’un ouvrage (d’un film, d’un produit quelconque…) est dictée par le marketing qui en est fait. Lorsque Marc Levy est l’invité du 20h, que Michel Houellecq rencontre Michel Drucker un dimanche après midi ou que n’importe quel autre se retrouve dans une émission d’Arthur & co, ce n’est pas pour parler de la famille ni de quelques anecdotes de leurs vies. Non, c’est une opération marketing parfaitement orchestrée afin de parler de leur dernier né. Ce qui en soit n’a rien d’anormal. Tout auteur / éditeur, ayant besoin d’attirer l’attention sur l’ouvrage à paraître.
Il faut tout de même bien comprendre que dans de tels cas, seule la notoriété pré-établie, les moyens financiers importants de chacun des acteurs (médias, éditeurs, société marketing…) et les contrats existant dictent la liste restreinte des titres et des auteurs qui auront l’opportunité de se trouver sous le feu des projecteurs. Dans ce processus d’accroissement de l’audience, jamais la qualité n’entre en compte.

Alors cela ne signifie pas que tout ces ouvrages présentés dans les divers médias de « grande influence » ne sont bons que pour le meuble des toilettes, mais bien que « qualité » et « audience » ne vont pas nécessairement de paire. Là où la première est un ressenti personnel et affectif, la seconde n’est que l’ombre et l’interprétations de quelques chiffres démunis d’âme et de réelle valeur affective.

Article diffusé sous licence Creative Commons BY-NC-ND

La rentrée littéraire…

Le mois de septembre est synonyme pour beaucoup de rentrée scolaire, d’impôts à payer, mais aussi… de rentrée littéraire. Car c’est à cette époque que de nombreux nouveaux titres sont publiés et apparaissent dans les rayons des grandes surfaces, librairies et magasins spécialisés. Pourtant, tout comme la fête des mère ou autres « évènements » de ce type, il ne s’agit que d’une banale campagne marketing visant à accroître les ventes de livres.

Bien sur, pourquoi blâmer les maisons d’édition de fonctionner ainsi alors que tout ceci est ancré dans dans l’inconscient collectif ? Les vacances et l’été se terminant, le retour à la vie quotidienne pour une nouvelle année… Rien de tel pour inciter les gens à s’évader, en se plongeant dans les derniers ouvrages de quelques grands auteurs, « valeurs sûres » des maisons d’édition.
Aussi, pourquoi se priver de milliers de ventes, d’éventuels « best sellers » et d’argent en plus, alors que la combinaison mois de septembre, nouveaux titres et grands noms permet de passer une fin d’année plutôt « paisible » au niveau des chiffres ? Le monde de la musique explose l’été, celui de l’édition en septembre.

Pourtant il n’y a de nouveauté que les titres des ouvrages. Très rares sont les nouveaux auteurs publiés par les grands groupes d’édition, pour qui ceux-ci représenteraient de trop grands risques financiers. Comme c’est le cas dans la musique ou encore dans d’autres secteurs, seuls quelque uns, connus, reconnus et adulés peuvent donc réellement profiter de cette période de l’année.
Alors c’est tant mieux pour eux. Ma situation personnelle me convient parfaitement, et je ne les envies pas plus que ça.

Mais tout de même, il faut arrêter de croire que les grandes maisons d’édition publient des auteurs uniquement d’après leurs qualités littéraires. Car un autre facteur, primordial, entre en ligne de compte… Le potentiel marketing ainsi que le potentiel de vente.
L’objectif de ces groupes d’édition ne sera pas de publier le meilleur ouvrage possible. Non. Il sera de capitaliser sur un nom et surtout sur « ce qui se vends le mieux en ce moment ». Que les maisons d’édition gagnent de l’argent, c’est tout à fait normal. Par contre, qu’elles le fasse en dépit de tout bon sens et de la qualité de ce qu’elles produisent, c’est la meilleure façon pour se retrouver, dans quelques années, dans une situation similaire aux mondes de la musique et du cinéma, qui ne cessent de pleurer dans les jupons des élus sous forme de lobbying intensif, se refusant à faire évoluer un modèle économique dépassé et vieux de trente ans. Faire du « populaire » en rognant sur la qualité, ne peux aboutir que d’une seule façon. Dans le mur…

Article diffusé sous licence Creative Commons BY-NC-ND